Aspartame, sucralose, acésulfame-K, stévia : les édulcorants intenses se sont multipliés dans les boissons dites « light », les yaourts allégés ou les produits « sans sucres ajoutés ». L'idée qui les sous-tend est simple : garder le goût sucré sans les calories, ni les pics de glycémie associés au sucre classique. Sur le terrain de l'inflammation de bas grade, la question est moins tranchée que ce raisonnement ne le laisse penser.

Un raisonnement qui a ses limites

Remplacer du sucre ajouté par un édulcorant sans calorie semble, à première vue, cohérent avec ce que la recherche associe à une alimentation moins inflammatoire : moins de sucre, donc moins de pics glycémiques répétés, donc potentiellement moins de sollicitation des voies inflammatoires liées à l'hyperglycémie. C'est ce raisonnement qui a longtemps justifié de présenter les édulcorants comme une alternative neutre, voire favorable.

Mais depuis une quinzaine d'années, une partie de la recherche en nutrition s'est penchée sur un autre angle, plus indirect : l'effet de ces molécules sur le microbiote intestinal et sur la régulation de la glycémie elle-même, indépendamment de tout apport calorique.

Un composé « sans calorie » n'est pas nécessairement un composé sans effet métabolique : la recherche distingue de plus en plus les deux notions.

Ce que la littérature associe à leur consommation

Ce que la recherche ne permet pas d'affirmer

Ces observations restent hétérogènes : les effets rapportés varient selon la molécule étudiée, la dose, la durée d'exposition et les personnes concernées, et plusieurs études ne retrouvent aucun effet notable aux doses de consommation courante. Rien dans cette littérature ne permet d'affirmer que les édulcorants « causent » de l'inflammation chez une personne donnée, ni qu'ils doivent être systématiquement évités. Il ne s'agit pas non plus d'un argument pour revenir vers le sucre ajouté, dont les données associées à l'inflammation sont, elles, plus constantes.

Cette hétérogénéité explique en partie pourquoi les agences sanitaires qui évaluent ces molécules continuent, à ce jour, de les considérer comme sûres aux doses de consommation courante, tout en reconnaissant que les travaux sur le microbiote et le métabolisme du glucose méritent d'être approfondis. Les deux lectures ne sont pas contradictoires : l'absence de toxicité démontrée à dose usuelle n'exclut pas des effets plus subtils, encore mal cernés, sur l'écosystème intestinal d'une partie de la population.

Ce que ça change concrètement dans l'assiette

Le repère le plus souvent suggéré par cette littérature n'est pas « édulcorant interdit », mais plutôt une question d'habitude générale : miser sur une alimentation où le goût sucré, qu'il vienne du sucre ou d'un édulcorant, reste occasionnel plutôt que quotidien et omniprésent. Préférer l'eau, les infusions ou un fruit entier à une boisson « light » consommée par réflexe, et réserver les produits édulcorés à une consommation ponctuelle, va dans le sens de ce que la recherche associe à une meilleure gestion de l'inflammation sur la durée, sans qu'aucun aliment isolé, sucré ou édulcoré, ne soit en lui-même responsable ou protecteur.